» Négociations ?  » – L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES n°185

Posté par Comité Les Ulis Orsay Parti Ouvrier Indépendant le 1 février 2012

Aucun travailleur ne s’en étonnera : jusqu’au bout, Sarkozy cherchera à faire son travail de représentant d’un système capitaliste disloqué, et donc à imposer des mesures destructrices au nom de l’abaissement du «coût du travail ».

Le problème n’est pas là.

Le problème, c’est qu’à peine finie l’interview de Sarkozy, Fillon ouvre les prétendues négociations entre « partenaires sociaux » sur la mise au point des accords compétitivité-emploi, entreprise par entreprise. Rien ne serait plus urgent que de remettre en cause Code du travail, conventions collectives et statuts ?

Le problème, c’est qu Martine Aubry déclare qu’allonger la durée du travail et baisser le salaire des travailleurs en contrepartie du maintien de l’emploi « peut être une solution ». Le problème, c’est que Michel Sapin, autre dirigeant du Parti socialiste, exige plus de temps pour parvenir à cette déréglementation généralisée.

Sapin, Aubry, Hollande sont à la tête d’un parti dont le nom—« socialiste »— évoque l’histoire du mouvement ouvrier. Or qu’est-ce que le mouvement ouvrier ? C’est l’histoire du long combat de la classe des exploités pour arracher des droits collectifs, passant du contrat individuel de louage de service au contrat collectif et à la situation actuelle. Aujourd’hui  encore, malgré les coups reçus, l’édifice du Code du travail, des conventions collectives, des statuts et de la hiérarchie des normes fait que chaque travailleur peut s’adosser aux droits collectifs de toute la classe ouvrière, de toute sa branche professionnelle, de tout son secteur et ne pas être soumis aux rapports individuels avec le patron, entreprise par entreprise. C’est cela que la classe capitaliste n’a jamais accepté. C’est cela qu’elle veut briser aujourd’hui, au prétexte de la crise.

Ajoutons que les syndicats ouvriers se sont construits comme instruments de l’action collective des salariés, garanties de leurs conquêtes collectives. Vouloir les transformer en outils du détricotage de ces droits, c’est menacer leur existence même, et donc la démocratie politique dont ils sont un pilier.

On ne peut appeler négociation le chantage par lequel les patrons pourraient exiger des syndicats qu’ils cassent eux-mêmes les droits collectifs et baissent les salaires, sous peine de licenciements et délocalisations. Et cela, comme l’expérience le prouve, pour déboucher, au bout du compte, d’abord sur la diminution du salaire, et ensuite sur la perte de l’emploi.

La démocratie, c’est l’indépendance des organisations ouvrières libres d’agir et de négocier.

Alors, comment comprendre qu’à l’annonce de ce véritable coup de force contre les droits ouvriers et la démocratie—coup de force camouflé sous le vocable de « négociation entre partenaires sociaux » — aucune voix ne s’élève pour dénoncer la supercherie et en exiger nettement le retrait ?

Comment comprendre l’alignement des Sapin, Aubry, Hollande sur cette exigence, sinon comme conséquence de leur soumission au carcan antidémocratique de l’Union européenne, de la troïka et du capital financier ?  

Ce que veulent les travailleurs — et cela, quelle que soit leur position sur l’élection présidentielle—c’est non seulement chasser Sarkozy, mais en finir avec sa politique. Donc bloquer tout de suite, maintenant, les plans de régression sociale. Ni les 13 milliards de cadeaux aux patrons, ni l’augmentation de la TVA,ni les accords compétitivité-emploi : retrait ! Ces questions sont au cœur des 300 assemblées-débats auxquelles les comités du POI vous invitent à participer.

Daniel Gluckstein
Secrétaire national du POI

Cet article a été publié le 1er février 2012

Les pages 1, 2 et 3 d’IO n°185

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